Minorité.

Parenthèse dans le récit de mon installation, faisant écho au premier billet sur les raisons de ce blog.

Un peu de motivation.
Nous ne serions qu'une minorité à nous installer...
Le message général qui semble s'imposer, encore lu/entendu récemment serait "s'installer, ça n'en vaut pas la peine, laissez tomber", et il est malheureusement trop suivi... je l'espère juste pas aveuglément.
Et bien moi je veux m'installer, et permettre d'ouvrir les yeux à quelques un sur le fait que ça peut en valoir la peine.

Je veux être la minorité !


paroles et traduction ici : http://www.lacoccinelle.net/250706.html


I want to be the minority
I don't need your authority
Down with the moral majority
'Cause I want to be the minority
...

Je n'ai pas fait 9 ans d'études, pour abandonner si près du but, et tourner le dos à ma vocation : médecin généraliste installé / traitant / de famille, appelez cela comme vous voulez. Même si les conditions de vie seraient plus douces, moi je ne veux pas ni rester remplaçant (en me privant d'un vrai suivi au long cours et de la liberté d'agir sans se soucier d'un titulaire et de son fonctionnement habituel ¹), ni être fonctionnaire (hôpital, PMI, etc., des métiers différents).

Je veux tenter le coup !

...
I pledge allegiance to the underworld
One nation under dog 
There of which I stand alone
A face in the crowd
Unsung, against the mold
Without a doubt
Singled out
The only way I know
...
La seule voie que je connaisse...

Je ne dis pas non plus que tout le monde doit s'installer ! S'installer ou le rester doit rester un choix, le fruit d'une analyse fine, comme pour nos prescriptions, d'un rapport bénéfice/risques constamment ré-évalué ².

Certains l'ont très bien fait, comme Jaddo quand elle nous explique pourquoi elle veut rester remplaçante (pour l'instant mais pas forcément à vie), ou SylvainASK qui décrit son expérience de 3 métiers différents : le libéral, le territorial et l'hospitalier - ne manque qu'une alternative intéressante : le médecin "de famille" salarié - avec une nostalgie pour la "vraie" médecine générale vers laquelle il retournerai bien, mais les conditions actuelles ne lui plaisent pas. Choix argumentés => j'accepte parfaitement.

Ce que je n'accepte pas, ce sont les messages généraux exhortant les jeunes médecins à fuir la médecine générale ("si vous ne travaillez pas, vous finirez généralistes..." ³, "ha, mais t'es sûr tu veux pas faire une spécialité ?", "il ne FAUT pas s'installer en ce moment", etc.). De la part de trop d'universitaires, de proches (famille), voir même (et ça me semble presque pire) de la part de médecins généralistes installés. De la part de médecins ayant abandonné ou sur le point de le faire, passe encore, mais j'ai entendu trop de 'bons' médecins qui pourtant font la profession dont je (/ils) rêve(/nt), voire même l'entretiennent, l'embellissent, et ne sont pas près de lâcher, relayer ce message fataliste... Faites ce que je dis, pas ce que je fais...

Et il y a tant de jeunes confrères qui n'ont pas toujours évalué leur balance bénéfice/risque installation, et reprennent tous en cœur ces messages - leur semblant justes car venant de personnes qu'ils respectent - sans même réaliser qu'il y a un tel manque de médecin qu'ils peuvent s'installer où ils veulent, en choisissant leurs conditions/association/localisation/etc., ce qui quand la pénurie de médecin sera terminée ne sera plus le cas.

Je ne veux pas faire partie de groupe là.

...
Stepped out of the line
Like a sheep runs from the herd
Marching out of time
To my own beat now
The only way I know
'Cause I want to be the minority...
...

Je veux faire partie de cette minorité,  qui fait le métier qu'il veut, et a la "chance " d'avoir l'embarras du choix, la demande surpassant largement l'offre.

Alors oui, je suis conscient qu'une page dorée de la médecine libérale s'est tournée, que notre génération connaîtra beaucoup de difficultés pour exercer sa vocation - l'actualité est vraiment inquiétante, faut pas se mettre des œillères - mais je ne compte pas rester les bras croisés en tournant le dos à ce que j'aime.
Certes, les conditions sont mauvaises et vont vers une dégradation, mais je préfère m'installer en luttant contre celle ci, en me battant pour créer un nouveau modèle conforme à mes idéaux, plutôt que de contempler passivement l'évolution des choses en remplaçant (et subissant quand même la dégradation du système de soin) ou m'engageant dans la fonction publique (pas sûr que pour eux non plus les choses s'améliorent). ⁴


And remember one thing: regardless who the power that be are, the people that you elect, the people that I elect in the office, remember: you have the fucking power, we're the fucking leaders, don't let these bastards dictate your life or trying to tell you what to do, all right?


Nous avons le pouvoir... ne les laissez dicter votre vie...

----------------------------

Je compte parler de tout ça dans ce blog en essayant d'être le plus objectif : le billet de blog précédant ne fait surement pas rêver, mais il est réaliste. Le suivant, qui traitera de tout l'administratif lié à l'installation idem. 
Mais viendront après des choses intéressantes, que je constate déjà au quotidien, entre autres :
  • le bonheur médical/intellectuel de pratiquer la médecine que l'on veut, en appliquant ses propres règles, et le plaisir de voir l'attente d'une population concorder avec ses idéaux (non non, ils ne sont pas tous nostalgiques du prédécesseur, oui oui la nouvelle génération et ses nouvelles pratiques sont attendues). ⁵
  • l'exercice pluriprofessionnel déjà en cours de constitution et allant vers mon idéal de pratique (pas loin d'ailleurs de celui décrit par ASK en conclusion du 3ème article, avec quand même les contraintes du libéral). Une révolution, au moins locale.
En sachant vers quoi on va, en sachant le positif comme le négatif que l'on peut rencontrer, on peut mieux se faire son propre avis.

...
One light, one mind
Flashing in the dark
Blinded by the silence of a thousand broken hearts
For crying out loud she screamed unto me
A free for all
Fuck 'em all !
You are your own sight
'Cause I want to be the minority
...
Tu es ton propre point de vue...

Amis médecins non installés, à vous de vous faire votre propre point de vue, en espérant que ma contribution sur ce blog puisse vous y aider :-)

I want to be the minority 
I don't need your authority
Down with the moral majority
'Cause I want to be the minority



P.S. : je suis toujours preneur d'expérience d'autres personnes récemment installées ou en voie d'installation, que ça se passe bien ou pas, cela ne peut qu'enrichir le point de vue de nos lecteur ! Si vous voulez participer, faites signe :-)


¹ Concernant le travail en conformité avec mes idéaux (lutte contre l'omniprésence des conflits d'intérêts, et toutes les alternatives à l'Evidence Based Medicine), j'aurai presque pu aussi reprendre la même chanson, en un hymne à la minorité de médecins indépendants :-)

² Si la balance bénéfice/risque de l'installation s'inverse franchement, on reste encore libre d'abandonner (même si ce n'est pas forcément facile)

³ à propos du dénigrement général de la médecine générale, lire aussi ce billet : http://sous-la-blouse.blogspot.fr/2010/05/medecine-generale-forever.html

⁴ Heureusement, certains sages ne sont pas fatalistes, je retiens de Jacques Lucas "Gémir, pleurer, prier est également lâche"
bien explicité par Dzb17 : "c'est une invitation au stoïcisme : lis les 4 dernières lignes http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alfred_de_vigny/la_mort_du_loup.html … #SouffreEtMeurtSansParler 
il est parfois plus sage d'assumer son rôle de promoteur et de testeur plutôt que de contempler une situation qui nous echappe et pour laquelle on se résigne, malheureux. Il n'est pas dit qu'on touche en se bougeant ou en tentant de bouger le contentement, mais le simple fait d'assumer son destin, de tenter de prendre à soi les choses aide. C'est une sorte d'invitation à ne pas se résigner.

⁵ PS : Heureusement, je ne suis pas seul :-)



Commentaires

  1. J'ai envie de dire : TU N'ES PAS SEUL !

    Je me suis installée il y a presque un an et demi maintenant, et j'en avais marre d'entendre que personne ne voulait s'installer, et surtout pas à la campagne, alors que j'ai tellement de contre exemples autour de moi...

    Je voulais faire partie de cette minorité aussi !

    Je voulais en parler régulièrement sur mon blog aussi, pour montrer que qu'on peut s'installer dans de bonnes conditions, en faisant la médecine qu'on aime, sans sacrifier sa vie privée...
    ... bon j'ai pas trop pris le temps de le faire hum.

    Et même si c'est pas aussi facile que ça, même si tout n'est pas rose dans notre système de soins et que ça a pas l'air de s'améliorer... ben je regrette pas.

    On a quand même de la chance, on a le luxe de choisir où travailler, dans quelles conditions, on reste (encore) assez libre, même si de moins en moins.

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  2. Début mai, ça fera 8 ans que je travaille dans le même cabinet. En comptant mon SASPAS, et un rempla régulier jusqu'à ma thèse. 8 ans de suivi des patients, ça commence à faire...
    Et je ne regrette pas.
    Tout n'est pas rose. Les locaux sont moches, mais ce sont les dessins de mes patients sur les murs. La gestion d'une petite entreprise, c'est vraiment pas ma passion, et l'URSSAF c'est chiant, mais je n'ai même plus besoin de dire que je ne reçois pas les visiteurs médicaux parce qu'ils ne tentent même plus, et je choisis quels messages j'affiche dans ma salle d'attente. Et je travaille comme je veux (enfin comme je peux parfois, parce qu'il y a des contraintes quand même, et ça va pas en s'arrangeant, comme tu dis...).
    Voilà, c'est pas parfait, mais je fais le travail que j'aime et que j'ai choisi, et c'est déjà tellement plus que la majorité de mes patients...

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  3. Félicitations ! Et tous mes vœux d'épanouissement dans ta vie professionnelle.

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