(dé)collage imminent !

Bon, c'est bien mignon de faire un blog, mais faut bien l'entretenir. >1 mois d'installation, quasi 2 mois sans billet => au boulot ! Billet que je voulais écrire vers le jour de mon installation, puis finalement trop de trucs à gérer... j'ai beau être pro-installation, faut être honnête, l'installation est chronophage et complexe, je le développerai dans les prochains billets.



Donc, j'ai collé ma plaque.

Le 31 décembre exactement (1).

Rappel et précisions sur le contexte, que vous connaissez un peu déjà si vous avez lu les articles précédents :
3 MG > 65 ans dans un canton rural d'environ 4000 âmes en Z.R.R. (2). Projet de Maison/Pôle de Santé Pluriprofessionnel, MSP en construction, qui accueillera 2 couples de jeunes MG qui s'y installeront + un des anciens qui prolonge un peu (les 2 autres seront retraités), et regroupera les paramédicaux. Toujours est-il que cette fameuse MSP n'ouvrira au mieux qu'en automne. Et qu'un des MG actuels devait/voulait prendre sa retraite à la fin de l'année.

Pour ne pas laisser un vide et assurer la période de transition, il a bien fallu qu'un des 4 jeunes se dévoue. Il se trouve que nous sommes 2 couples, que nos 2 dames étant enceintes ce qui rend la tache plus complexe vu les conditions de travail, et que mon collègue ne passant sa thèse que fin décembre, je m'y suis donc "collé". Puis le "jeune retraité" m'avait plus ou moins désigné.

Me voila donc installé... dans des conditions que je n'aurai jamais imaginé accepter il y a quelques années :
Matin sans rendez-vous, après midi blindés qui finissent tard, pas de secrétariat en permanence (5 heures de secrétaire/ semaine pour l'administratif, secrétariat téléphonique théoriquement que pendant nos heures d'absence du cabinet), téléphone qui sonne ++, visites en campagne occupant presque la moitié du temps (et temps de rendez-vous pas extensible car 1 cabinet utilisé en alternance par 2 médecins associés => utilisé à plein temps), visites de labos très visibles, quelques habitudes médicales peu conformes à l'état actuel de la science, cabinet médical en friche depuis des années, dossier quasi pas informatisés, "rachat" de patientèle (3)...
ça vous fait rêver hein ? ;-)

En pratique ça fait plus de 2 ans que j'y travaille régulièrement (d'abord dernier stage SASPAS en dérogation un jour par semaine, puis remplas réguliers). Du coup j'ai pris mes marques progressivement. Et je passais sur les imperfections du cabinet et certaines obligations, ne pensant pas que je m'installerais là avant d'être dans une belle MSP bien organisée. J'ai quand même travaillé au fur et à mesure pas mal à l'informatisation des dossiers et au changement petit à petit des habitudes médicales, ce qui a par ailleurs été bien respecté par "les anciens". Puis le contact avec la patientèle s'est fait dans la douceur, progressivement, ça c'est un gros plus, autant pour les patients que pour le médecin !
Ce qui fait que même sans être installé, même si ce n'était pas ce dont j'avais rêvé pour commencer, j'étais quand même déjà un peu chez moi.

Puis en octobre, mon prédécesseur m'a annoncé que pour diverses raisons, entre autre comptables, il allait arrêter à la fin de l'année, et il voulait que je prenne la suite.

Et c'est à partir de là que le branle-bas de combat a été enclenché, pour faire tout un tas de démarches nécessaire à mon installation en moins de 3 mois... dont je vous parlerai dans le prochain billet :-)



(1) S'installer un 31/12, curieuse date n'est-ce pas ? En fait ce choix nous arrangeait : mon prédécesseur car son comptable lui avait dit que c'était plus simple de ne pas commencer 2015, et moi car pour être certain de bénéficier d'une exonération d'impôt lié à l'installation en ZRR (cf (2)) il me fallait être en règle au plus tard fin 2014 (le flou régnant à l'époque sur le fait de la reconduction ou non de ces mesures en 2015, et si oui dans des condition peut-être moins avantageuses).

(2) Z.R.R. = Zone de Revitalisation Rurale : ensembles de communes rurales reconnues comme fragiles, et bénéficiant à ce titre d'aides d'ordre fiscales :
En quelques mots : exonération temporaire de CFE, Exonération d'impôt sur le revenu totale pendant 5 ans, 75% la 6ème année, 50% la 7ème, 25% la huitième, puis fini. Conditions d'accès assez précise (et services fiscaux très regardant sur les détails il parait, cf (3)).
Bref : mesure très intéressante financièrement, favorisant l'installation et le maintien au moins 5 ans (sous peine de rembourser l'exonération).
3 remarques :
- mesure non spécifique au milieu médical, valable pour toute entreprise répondant aux conditions d'accès
- le village ou je m'installe, malgré sa démographie médicale catastrophique (les 3 médecins > 65 ans), ne bénéficiait d'aucune classification spécifique par l'ARS (pas "zone fragile" ou "déficitaire") et donc d'aide spécifique. Après discussion, l'ARS nous propose quand même (avec insistance) le contrat PTMG (DocMaman en parle très bien ici)... on y réfléchi encore, peut-être plutôt pour nos dames quand elles s'installeront (donc encore une fois ce n'est pas le PTMG qui pousse à l'installation, mais l'opportunité qui fait contractualiser, l'ARS et le ministère se réjouissant pourtant du "succès de cette mesure qui fait s'installer pleins de médecins dans les déserts").
- je fais partie de ceux qui disent que "Les sous c'est pas la solution" aux déserts médicaux. Bon là quand même c'est conséquent, c'est + que le PTMG et le CESP, je n'y crache pas dessus. Pour autant, ma décision de m'installer là s'est faite avant qu'on me parle de ces mesures, devant la promesse d'une belle histoire, comme j'en parlais dans l'article précédent. Et je trouve beaucoup plus incitatif le stage en dérogation accordé par ARS/DUMG ainsi que le projet de MSP et le fait que des moyens (financiers et organisationnels) y soit alloués par l'ARS et les collectivités. Sans ZRR, je m'installais, sans projet de Pôle de Santé, non.

(3) Et oui, vous avez bien lu "rachat de patientèle" malgré tout ça. Et encore, mes anciens collègues parlaient de clientèle. Juridiquement c'est une "convention de successeur et de présentation de clientèle civile", et les patients sont parfaitement libres de changer de crèmerie en récupérant leurs dossiers. Le caractère absurde de cette pratique datant d'une époque faste de la médecine libérale a souvent été débattu, entre autre ici sur Twitter. Pour autant, dès les premiers contacts avec les médecin du coin, un des 3 médecins (en l’occurrence celui à qui j'allais succéder, qui pensait déjà à sa retraite) évoquait ce sujet, promettant "un prix cadeaux" (12000€ quand même !!!). Au grès de longues discussions, j'avais réussi à le convaincre (aidé par ses confrères plus réalistes) qu'il n'en serait pas questions, et n'en ai quasi plus entendu parler à part dans quelques regrets qu'il émettait. Puis, à l'annonce de son départ en retraite, je me suis renseigné auprès de juristes sur les conditions d'accès à l'exonération ZRR, très précises, il se trouve que pour les impôts, très regardants au vu des sommes en jeu, considérant la coïncidence de son départ et de mon arrivé comme une succession ou plutôt une reprise d'entreprise, pour être dans les clous et toucher l'exonération il me fallait absolument racheter un fond de commerce, à une somme significative, on m'avait conseillé au moins 2000 à 3000€ (plus les honoraires élevés d'un avocat pour les papiers en règle), que ça passerai vu le contexte de pénurie médicale. Et bien il m'en a redemandé la même prix qu'au départ ! Que j'ai quand même réussi à diviser par 2, non sans difficultés.
Bref, j'ai bien galéré administrativement (complexe +++ à monter les dossiers), et finalement "acheté une patientèle" alors que j'étais fondamentalement contre, et oui... en espérant que l'exonération ne saute pas pour une raison ou une autre.


Trêve de galéjades administratives, suite des événements au prochain épisode !

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